La France est officiellement sans distinctions de couleurs. La réalité ne l’est pas

Les grandes écoles prestigieuses du pays illustrent le fossé entre ses idéaux universels et sa vie quotidienne.

Il y a près de 20 ans, l’une des plus prestigieuses écoles françaises, Sciences Po, a pris ce qui était alors considéré comme une initiative audacieuse : elle est devenue la première université française d’élite à tenter de diversifier sa population étudiante. Le programme est petit, avec seulement un millier de diplômés au total depuis sa création, mais il a généralement été considéré comme un succès, offrant des bourses à de nombreuses personnes qui n’y auraient pas eu accès autrement. 

Une réalité assez concrète

Sa nature, cependant, révèle quelque chose d’important sur la France : le programme n’est pas défini en termes de race, mais entièrement par la socio-économie et la géographie. Sciences Po-officiellement, l’Institut d’études politiques de Paris s’efforce de recruter un pourcentage de ses étudiants dans les lycées des zones économiquement défavorisées. Bien que le but du programme soit de diversifier l’accueil de l’école, il ne vise pas spécifiquement les minorités ethniques. C’est parce que, officiellement du moins, la France est daltonienne.

Une explication historique

Au lendemain de la Révolution française, l’ancien régime dans lequel la vie était entièrement circonscrite par la capacité économique héritée à la naissance (paysans, propriétaires terriens, aristocrates, clergé) a été remplacé par la catégorie universelle de citoyen. La France a renforcé son engagement en faveur de ses idéaux universels après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le régime de Vichy avait désigné les Juifs pour la déportation. Ainsi, aujourd’hui, contrairement aux États-Unis où le recensement suit la race, la France ne tient pas officiellement de statistiques sur la race ou la religion, ne reconnaissant que deux catégories de personnes : les citoyens et les immigrés.

Mais ces idéaux se heurtent aux complexités de la réalité vécue. La France est l’une des sociétés les plus multiethniques d’Occident, et ce n’est pas parce qu’elle ne reconnaît pas formellement la race que la race, ou le racisme, n’existe pas. Les bouleversements liés à l’assassinat de George Floyd ont eu des répercussions dans le pays, suscitant des manifestations publiques contre la brutalité policière et des débats sur le racisme institutionnel et le privilège blanc, sur l’histoire de l’esclavage et du colonialisme en France, sur la question de savoir si les statues des personnages historiques français complices de l’esclavage devaient être enlevées.

En France, Black Lives Matter s’est élargi à une conversation sur la mobilité sociale et économique, et sur l’accès au logement, à l’éducation et à l’emploi.

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